Accueil » IIIe millénaire » Dictionnaire » B » card. Hans Urs von Balthasar

card. Hans Urs von Balthasar

Théologien catholique suisse de langue allemande, né à Lucerne en 1905. Enfant précoce, il apprit le français à quatre ans et fit preuve d’une curiosité hors du commun dès son plus jeune âge.

Sa vie et son œuvre furent profondément marquées par la musique : lui-même passait de longues heures au piano ; il était fasciné par le génie de Mozart, qui eut sans doute une influence sur sa théologie, toute orientée vers la quête du Beau.

Les études le conduisent à Vienne, puis à Berlin, où il suit les cours du théologien Romano Guardini. Celui-ci affina sa critique de la philosophie d’E. Kant, et lui fit percevoir tout ce qu’une pensée éclairée par la foi pouvait apporter à la recherche philosophique.

En 1928, Balthasar soutient sa thèse de doctorat en littérature allemande à l’Université de Zürich, puis un an plus tard, il entre dans la Compagnie de Jésus. De 1933 à 1936, il étudie à Lyon, où il fait la connaissance de Jean Daniélou, Henri Bouillard, et surtout d’Henri de Lubac, qui devient son maître à penser. Sous sa conduite, il se plonge dans l’étude des Pères, surtout Origène, Grégoire de Nysse, Maxime le Confesseur et Irénée de Lyon. Mais il découvre aussi Bernanos, Claudel et Péguy qu’il traduira en Allemand.

Il est ordonné prêtre à Munich en 1936. En 1940 il quitte l’Allemagne pour revenir en Suisse, où il devient aumônier d’étudiants, tout en entretenant de longs dialogues avec le théologien protestant Karl Barth. La même année, il rencontre la chirurgienne mystique Adrienne von Speyr (+1967), avec qui il se lie d’amitié. En 1944, ils fondent ensemble l’Institut Saint-Jean, qui se propose d’introduire l’esprit johannique dans la spiritualité ignacienne. Cette fondation l’amènera à quitter la Compagnie de Jésus pour collaborer plus étroitement avec Adrienne von Speyr, dont il dira que la mission spirituelle est indissociable de sa théologie.

De 1961 à 1987, Balthasar publie sa fameuse trilogie théologique : La gloire et la croix, La dramatique divine, et la Théologique, reconnue comme l’œuvre théologique la plus originale du vingtième siècle. De 1969 à 1988, il fut membre de la Commission théologique internationale et membre associé de l’Institut de France. Il est aussi co-fondateur de la Revue Communio. Le père Balthasar est élu cardinal en 1988 ; il s’éteint le 26 juin de la même année, deux jours avant de recevoir la pourpre cardinalice. Le cardinal Jean Daniélou a dit de lui qu’il était « l’homme le plus cultivé qui existe aujourd’hui1 ».

Nous reproduisons ici quelques extraits du Message de Benoît XVI au Congrès International promu pour le 100ème anniversaire de la naissance de Hans Urs von Balthasar, que le Saint Père a personnellement bien connu :

« Je considère que la réflexion théologique de l’éminent théologien suisse Hans Urs von Balthasar conserve intacte aujourd’hui sa profonde actualité et conduit encore de nombreuses personnes à pénétrer toujours plus profondément le mystère de la foi, guidées par la main d’un maître d’une si grande autorité.

Il avait fait du mystère de l’Incarnation l’objet privilégié de son étude, voyant dans le triduum pascal la forme la plus expressive de la participation de Dieu à l’histoire de l’homme. Dans la mort et la résurrection de Jésus, en effet, est révélé dans sa plénitude le mystère de l’amour trinitaire de Dieu. La réalité de la foi trouve ici sa beauté inégalable. Dans le drame du mystère pascal, Dieu vit pleinement le fait de se faire homme, mais dans le même temps, rend significative l’action de l’homme et donne un contenu à l’engagement chrétien dans le monde. En cela, von Balthasar voyait la logique de la Révélation : Dieu se fait homme, afin que l’homme puisse vivre la communion de vie avec Dieu. Dans le Christ est offerte la vérité ultime et définitive à la question sur le sens que chacun se pose.

L’esthétique théologique, l’intensité dramatique, et la logique constituent la trilogie, dans laquelle ces concepts trouvent un ample espace et une application convaincue. L’un des thèmes centraux sur lesquels il s’entretenait volontiers, était celui de montrer la nécessité de la conversion. Le changement de cœur était pour lui un point central ; ce n’est que de cette façon, en effet, que l’esprit se libère des limites qui l’empêchent d’accéder au Mystère et que le regard devient capable de se fixer sur le visage du Christ.

En un mot, il avait profondément compris que la théologie ne peut se développer que par la prière qui saisit la présence de Dieu et qui se confie à lui dans l’obéissance. C’est une voie qui mérite d’être parcourue jusqu’à la fin. L’exemple que nous a laissé von Baltasar, est plutôt celui d’un véritable théologien qui avait découvert dans la contemplation l’action cohérente en vue du témoignage chrétien dans le monde2. »

Notes :
  1. Et qui est mon prochain? Mémoires, Paris, Stock, 1974, p. 93. [retour]
  2. Osservatore Romano version française, n° 42 du 18 octobre 2005, p. 2. [retour]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *