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Il y a 50 ans : le Concile Vatican II (1962-1965)

« Aujourd’hui nous pouvons tourner notre regard avec gratitude vers le Concile Vatican II ; si nous le lisons et que nous l’accueillions par une juste interprétation, il peut être et devenir toujours plus une grande force pour le renouveau toujours nécessaire de l’Église » (Benoît XVI).

Un Concile Œcuménique

Le Concile Vatican II a été le vingt-et-unième Concile « œcuménique », ainsi qualifié parce qu’il réunissait tous les évêques de l’Église catholique autour du pape. Seuls les huit premiers Conciles – de Nicée à Constantinople IV – furent l’œuvre de « l’Église indivise » : après le schisme de 1054 en effet, les évêques de l’Église d’Orient ne participèrent plus aux Conciles de l’Église latine. Les différentes confessions chrétiennes accueillent cependant les enseignements de ces huit premiers Conciles, qui ont défini les grands dogmes trinitaire et christologique.

Liste des Conciles œcuméniques

  1. Nicée (325)
  2. Constantinople I (381)
  3. Éphèse (431)
  4. Chalcédoine (451)
  5. Constantinople II (553)
  6. Constantinople III (680-681)
  7. Nicée II (787)
  8. Constantinople IV (869-870)
  9. Latran I (1123)
  10. Latran II (1139)
  11. Latran III (1179)
  12. Latran IV (1215)
  13. Lyon I (1245)
  14. Lyon II (1274)
  15. Vienne (1311-1312)
  16. Constance (1414-1418)
  17. Bâle/Ferrare/Florence/Rome (1431-1445)
  18. Latran V (1512-1517)
  19. Trente (1545-1563)
  20. Vatican I (1869-1870)
  21. Vatican II (1962-1965)

Au Moyen-âge, les quatre Conciles du Latran ainsi que les trois Conciles qui se sont passé en France (Lyon I, Lyon II et Vienne, au sud de Lyon), eurent une portée plutôt disciplinaire.

La Renaissance rassemble trois nouveaux Conciles : Constance, Bâle (Suisse), et surtout Trente (Italie du Nord, 1545-1563) – ce dernier fut convoqué pour répondre à la Réforme de Luther.

Les deux Conciles de l’ère moderne sont ceux du Vatican.

Vatican I, réuni en décembre 1869 à l’initiative du pape Pie IX, fut interrompu par la guerre franco-prussienne de 1870 et la prise de Rome par les troupes italiennes.

Si les successeurs immédiats de Pie IX (Léon XIII, Pie X, Benoît XV) n’ont pas envisagé de reprendre les travaux de ce Concile inachevé, Pie XI (1922-1939) par contre projetait dès les débuts de son pontificat, de réunir un nouveau Concile œcuménique. Il demanda cependant un signe clair de la Providence avant de mettre son projet en œuvre. Il procéda à une consultation de la hiérarchie ecclésiastique, qui répondit positivement, à une très large majorité. Mais il était difficile de rassembler un Concile à Rome tant que « la question romaine » – entendez : le statut du Vatican – n’était pas réglée – ce qui ne se fit qu’en 1929 avec les Accords du Latran et la création de l’État du Vatican. Sans doute des événements graves tels que la montée du nazisme et du communisme, ainsi que la guerre civile en Espagne, ont-ils également contribué à convaincre Pie XI que l’heure n’était pas venue.

L’idée va cependant être suggérée à son successeur, Pie XII (1939-1958), par d’éminents prélats tels que le card. Ruffini, archevêque de Palerme, et Mgr Ottaviani, alors assesseur au Saint-Office, tous deux désireux de clarifier et définir certains points de doctrine (l’Assomption de la Vierge Marie ; l’inerrance de la Sainte Écriture et les genres littéraires) ; de réfuter des erreurs en matière philosophique (l’idéalisme, l’existentialisme et les nouvelles gnoses) et théologique (les erreurs sur le Corps mystique) et de fournir une réponse claire aux idéologies de l’après-guerre. Le Pape rassembla à nouveau les Commissions et lança leurs travaux ; mais en janvier 1951, probablement en raison des divergences au sein de la commission centrale sur la durée du Concile, Pie XII jugea plus prudent de renoncer lui aussi au projet.

 

La convocation du XXIème Concile

Dès son élection le 28 octobre 1958, avant même la fin du conclave, le card. Angelo Roncali, qui venait de choisir le nom de Jean XXIII, était invité par les cardinaux Ruffini et Ottaviani à réfléchir à la convocation d’un Concile. De fait, quatre-vingt-dix jours après son élection, le 25 janvier 1959, le Saint Père – qui devait être un « Pape de transition » – annonçait aux cardinaux réunis en consistoire :

« Vénérables frères et chers fils, c’est avec un peu de tremblement et d’émotion, mais en même temps avec une humble résolution dans notre détermination, que nous prononçons devant vous le nom d’un double célébration que nous proposons : un synode diocésain pour Rome et un Concile œcuménique pour l’Église universelle1. »

Il faudra cependant quatre années de consultations et de travaux préparatoires avant de pouvoir rassembler les Évêques pour les travaux proprement dits.

On distingue habituellement deux étapes dans cette phase de préparation :

  • L’étape anté-préparatoire, du 17 mai 1959 au 30 mai 1960 : consultation universelle et dépouillement des réponses.
  • L’étape préparatoire du 5 juin 1960 au 10 octobre 1962 : constitution de onze commissions préparatoires (présidées chacune par un cardinal, préfet du dicastère2 ) et de trois secrétariats. L’ensemble était coiffé par une commission centrale présidée par le Pape.

Le Concile lui-même se déroula en quatre sessions :

  • la première se déroula du 11 octobre au 8 décembre 1962 ;
  • la seconde du 29 septembre au 4 décembre 1963 ;
  • la troisième du 14 septembre au 21 novembre 1964 ; et
  • la quatrième du 14 septembre au 8 décembre 1965.

L’esprit du Concile

La plupart des Conciles avaient été suscité en raison de controverses doctrinales qui justifiaient voire nécessitaient leur réunion. Ce ne fut pas le cas pour Vatican II.

« Le Concile est une boussole qui permet de s’orienter dans le vaste océan du troisième millénaire » (Jean-Paul II).

Certes, ad intra la déchristianisation était un motif de préoccupation important ; mais les inquiétudes ad extra étaient également de taille : il était impératif

  • d’intervenir pour soulager l’oppression que subissaient les communautés chrétiennes de la part de l’idéologie communiste athée ; et
  • de tout mettre en œuvre pour éviter que la « guerre froide » entre les deux principaux « blocs », ne dégénère en une guerre atomique.

La fin de la « guerre froide » et le début de la « détente » entre les deux Grands après la crise des fusées de Cuba, en octobre 1962 – c’est-à-dire au moment où se rassemble la première session du Concile – a sans doute contribuer à l’optimisme de la Constitution pastorale Gaudium et spes (7 décembre 1965), mais en partie seulement. Bien plus fondamentalement, le pape Jean XXIII avait donné au Concile son orientation et son esprit, en invitant l’Église à adopter une nouvelle attitude, qu’il résumait dans le fameux discours d’ouverture du Concile (le 11 octobre 1962) :

« Dans la situation actuelle de la société, il est des hommes qui ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport au siècle passé ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Église.

Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des évènements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires.

L’Église n’a jamais cessé de s’opposer aux erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine.

Il est nécessaire avant tout que l’Église ne détourne jamais son regard de l’héritage sacré de vérité qu’elle a reçu des anciens. Mais il faut qu’elle se tourne vers les temps présents qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat catholique. Le précieux trésor de la foi nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque depuis près de vingt siècles.

Il faut que [la] doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral3. »

Un mot italien résume l’intention du Saint Père : aggiornamento, que nous pourrions traduire en français par « une mise à jour », au sens d’une ouverture au monde.

Jean XXIII meurt le 3 juin 1963 ; le 21 juin, le conclave élit le card. Giovanni Battista Montini, archevêque de Milan, qui devient Pape sous le nom de Paul VI. Le lendemain de son élection, il déclare aux cardinaux rassemblés dans la Chapelle Sixtine :

« La partie la plus importante de notre pontificat sera occupée par la continuation du deuxième Concile œcuménique du Vatican, vers lequel sont tournés les yeux de tous les hommes de bonne volonté. »

Pendant quatre années successives, sous forme de sessions d’automne, plus de 2000 évêques réunis sous l’autorité des Papes Jean XXIII puis Paul VI, ont travaillé, discuté, approfondi des schémas préalablement préparés en commissions.

Seize documents seront officiellement promulgués au cours de ce Concile. Mais il faut bien reconnaître qu’après un demi-siècle, ces textes restent encore trop peu connus. Cette année de la foi, qui coïncide avec le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile, est l’occasion pour tous les croyants de s’approprier ces documents de référence pour l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui.

Quelques chiffres

  • 2650 évêques (80 cardinaux, 7 patriarches), venus de 136 pays, appartenant à 93 nationalités ;
  • 97 supérieurs religieux (avec voix délibérative) ;
  • Les experts des évêques (comme le P. J. Ratzinger auprès du card. Frings) ;
  • Les 400 experts nommés du pape (Henri de Lubac, Yves Congar, Karl Rahner, Jean Daniélou, Gerard Philips, etc.) ;
  • Les observateurs œcuméniques (31, puis 93) : représentant 28 Églises et confessions séparées ;
  • Les hôtes personnels du pape (frères Roger et Max de Taizé, Oscar Cullmann, Jean Guitton – premier laïc) ; plus tard, Paul VI introduit des auditeurs laïcs (29) et auditrices laïcs et religieuses (23).
Notes :
  1. Extrait du discours du pape Jean XXIII, du 25 janvier 1959 à la basilique Saint Paul hors les murs à Rome, dans : Documentation Catholique 1959, col. 385388. [retour]
  2. Ministère de la Curie romaine. [retour]
  3. Jean XXIII, Discours d’ouverture du XXIe Concile œcuménique, le 11 octobre 1962, Documentation catholique, 4/11/1962, col. 1383. [retour]

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