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Saint Joseph, patron du IIIème millénaire

En cette fête de notre glorieux Père Saint Joseph, nous voudrions commencer une réflexion sur la place suréminente qui sera la sienne dans l’œuvre d’évangélisation du troisième millénaire. Marthe Robin aurait dit que Saint Joseph serait le saint du troisième millénaire : les défis proposés par le pape Jean-Paul II à l’aube de cette nouvelle période de notre histoire semblent bien confirmer que l’Église aura plus que jamais besoin de son patronage pour les relever. Abordons quelques-uns d’entre eux.

Témoigner de la paternité de Dieu

Jouir toujours de la vie est devenue la première finalité pour beaucoup de nos contemporains.

Certes la vie est une valeur fondamentale, mais elle ne saurait être un absolu sans devenir une idole. Or c’est ce qui tend à se produire dans notre culture : l’idolâtrie de la vie fait oublier qu’elle est un don ; qu’elle dépend d’une initiative gratuite de Dieu, qui à travers elle nous fait signe.

En ce temps de carême, où l’Église nous invite à la pénitence, il est bon de rappeler que l’ascèse chrétienne n’est pas mépris de la vie, mais purification de nos tendances idolâtriques par rapport à ce don primordial, afin de nous souvenir à chaque instant avec gratitude du Donateur, c’est-à-dire du Père de qui découle tout don véritable.

« Que signifie se renierhaïr sa vie ? » demande le Saint Père. Ces expressions, mal comprises, ont parfois donné du christianisme l’image d’une religion qui afflige l’être humain, alors que Jésus est venu afin que l’homme ait la vie et qu’il l’ait en abondance (Jn 10,10).

Le fait est que le Christ, contrairement aux faux maîtres d’hier et d’aujourd’hui, ne trompe pas. Il connaît intimement la créature humaine, et sait que celle-ci pour atteindre la vie, doit accomplir un « passage », une « pâque » précisément de l’esclavage du péché à la liberté des fils de Dieu, en reniant « l’homme vieux » pour laisser la place au nouveau, racheté par le Christ.

« Qui aime sa vie la perd. Ces paroles n’expriment pas le mépris pour la vie, mais au contraire un authentique amour pour celle-ci. En réalité, c’est en suivant la voie étroite que l’on trouve la vie ; qui choisit au contraire la voie large et commode, échange sa vie contre d’éphémères satisfactions, méprisant sa dignité et celle des autres. »1

Sur ce chemin difficile, à contresens de la mentalité contemporaine, Joseph demeure pour nous un modèle inégalé. Loin de maîtriser sa vie et d’en jouir selon son dessein à lui, il s’en est tout au contraire dessaisit d’une façon exemplaire, renonçant au désir légitime d’engendrer selon la chair, pour être disponible au projet de Dieu auquel il était invité à participer. On peut dire qu’il s’est renié lui-même dans ses aspirations humaines les plus fondamentales, non pas par obéissance servile à un Dieu sadique ou castrateur, mais par amour filial envers un Dieu Père dont il savait qu’il ne taille sa vigne que pour qu’elle porte davantage de fruit.

Demandons-lui de nous aider à reconnaître notre vie comme un don, à discerner les sollicitations que le Père nous adresse, et la force d’âme d’y répondre filialement.

Témoigner de la religion de la vie

C’est également sur l’horizon de notre existence comme don, que nous pouvons comprendre non seulement l’indispensable ascèse qui nous sauve de l’idolâtrie, mais aussi l’engagement résolu pour la défense de la vie à toutes ses étapes, exigeant que soit respectée l’initiative divine sur laquelle l’homme dans sa folie veut mettre la main.

L’amour vrai de la vie, précise Jean-Paul II, est « un amour qui ne désire pas ce bien fondamental uniquement pour soi et immédiatement, mais pour tous et pour toujours, en claire opposition avec la mentalité du monde. »2

Ici encore, tournons-nous vers Joseph, qui reçut la redoutable mission de sauver la vie du Sauveur du monde en l’arrachant à la jalousie meurtrière d’Hérode et demandons-lui la force de nous engager, coûte que coûte, dans ce combat de la vie à ses débuts et à son crépuscule.

L’amour premier servi

« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même. » (Ep 5,25)

Cette parole, nul doute que Saint Joseph l’a appliquée bien avant qu’elle ne fut écrite. Donné pour époux à la Vierge Marie, parfaite image de l’Église, il l’a aimée comme le Christ allait aimer son Église, c’est-à-dire dans le même Esprit. Il s’est livré tout entier pour elle, dans un sacrifice non-sanglant, certes, mais bien réel et qui ne s’est jamais dessaisi.

À qui d’autre qu’à Saint Joseph irions-nous demander la force de l’amour héroïque auquel l’Évangile nous convie ?

Les Écritures ne nous rapportent aucune parole de Joseph : sa vie livrée fut sa réponse à Dieu ; il s’est contenté d’aimer, écoutant dans le silence de son cœur les appels de l’Esprit, afin d’y répondre promptement dans la force que Celui-ci accorde à ceux qui lui sont dociles.

« L’Église, nous enseigne le Saint Père, doit laisser transparaître cet amour suprême, en rappelant à l’humanité — qui a souvent la sensation d’être seule et abandonnée dans les landes désolées de l’histoire — qu’elle ne sera jamais oubliée, ni privée de la chaleur de la tendresse divine. »3

L’amour de Joseph pour Marie préfigure l’amour du Christ pour son Église, et l’amour de la Sainte Famille préfigure l’amour de l’Église pour tous les hommes en qui elle reconnaît les enfants bien-aimés du Père des cieux. Demandons à Saint Joseph de nous enseigner la docilité à l’Esprit de charité, afin qu’à l’aube de ce troisième millénaire, nous puissions être comme lui et avec lui, des artisans d’une authentique civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs évangéliques.

Chercher la sainteté dans le service des pauvres

« L’amour est inventif jusqu’à l’infini » disait Saint Vincent de Paul ; et le Saint Père commente : « L’Esprit suscite de nombreux charismes pour que les communautés chrétiennes soient le signe de la tendresse infinie de notre Père des cieux. »4

Rien n’est plus pauvre et plus démuni qu’un enfant ; or c’est ainsi que le Verbe fait chair se présente et se donne à Saint Joseph, se livrant à sa tendresse paternelle. Y a-t-il eu dans l’histoire de l’Église charisme plus fondamental que celui du père nourricier du Sauveur, chargé d’être « signe de la tendresse infinie de notre Père des cieux » pour son Fils unique, et à travers lui pour tous ses enfants, particulièrement les plus démunis ?

Prétendre être des fils et filles de Saint Joseph et ne pas nous soucier des plus pauvres, serait nous payer de mots. Si vraiment Saint Joseph nous conduit, il nous guidera sans aucun doute vers eux, afin de les aimer à travers nous comme il a aimé le Pauvre d’entre les pauvres, celui « qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (2Co 8,9).

Oser avancer en eau profonde

Cette invitation du Seigneur, répercutée par le Saint Père, constitue la parole-clé, la « devise » de la Lettre apostolique Novo millennio ineunte : « Le moment est favorable, commente Jean-Paul II, pour un nouvel élan spirituel et pastoral, non pas velléitaire, mais fondé sur l’expérience forte et profonde de la grâce vécue dans le temps jubilaire, afin que le Christ atteigne les hommes et les peuples de tout continent. »5

Dans cet engagement apostolique, c’est encore Saint Joseph qui nous précède et nous ouvre la route : n’est-il pas le Fils de David qui inséra le Christ au cœur du peuple élu, mais aussi celui qui le porta en terre d’Égypte ; le premier missionnaire, qui porta le Christ aux Juifs et aux Gentils ? Puissions-nous à son école, prendre conscience de notre responsabilité en tant que dépositaires de la Bonne Nouvelle qui nous est confiée.

Avancer sur le chemin de la sainteté

Le Saint Père insiste à temps et à contretemps sur cette nécessité de marcher avec le Christ sur la voie de la perfection évangélique, c’est-à-dire de la sainteté à laquelle tout baptisé est appelé : « La sainteté est l’un des points essentiels — et même le premier — du programme que j’ai défini pour le début du troisième millénaire. Ceci nous semble un service indispensable que l’Église attend de vous en cette époque de profonds changements sociaux et culturels. »6

Au temps de Joseph, le Bassin méditerranéen était également en pleine mutation ; creuset où se rencontraient et se fondaient toutes les cultures de l’époque, il ressemblait à sa manière à notre Planète en ce début du troisième millénaire. Pendant que les courants religieux venus d’Orient et d’Occident s’éprouvaient et se recomposaient, en recherche de raisons de vivre et d’espérer, Saint Joseph se faisait l’humble serviteur de l’Enfant-Dieu venu révéler le sens de l’histoire. Tel est encore aujourd’hui notre chemin de sainteté : fixer notre regard sur celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), nous mettre inconditionnellement à son service, en nous assurant « que lui grandisse et que moi je décroisse » (Jn 3,30).

Avec Marie

Comme Joseph, parcourons cet itinéraire de foi, d’espérance et de charité avec Marie, « Aurore lumineuse et guide sûr de notre avancée sur les routes du monde et de l’histoire. Imitons-la dans la contemplation, en méditant dans notre cœur le mystère du Christ ; suivons-la dans la prière persévérante et unanime ; accueillons son invitation à avoir une confiance sans borne en son Fils : Tout ce qu’il vous dira, faites-le (Jn 2,5). »

Que Saint Joseph nous apprenne à aimer la Vierge Marie comme lui-même l’a aimée, afin que notre cœur devienne comme le sien, Temple de l’Esprit.

Amen.

Notes :
  1. Jean-Paul II, Angélus du 4 mars 01 ; Osservatore Romano 10(6/3/01)1. [retour]
  2. Id. [retour]
  3. Jean-Paul II, Audience du 7 février 01 ; Osservatore Romano 7(13/2/01)12. [retour]
  4. Jean-Paul II, Lettre à l’occasion de la réunion du Comité international de Coordination de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, 14 février 01 ; Osservatore Romano 8(20/2/01)5. [retour]
  5. Jean-Paul II, Angélus du 4 janvier 01 ; Osservatore Romano 6(6/2/01)3. [retour]
  6. Jean-Paul II, Homélie de l’Eucharistie à l’occasion de la 5ème journée de la vie consacrée, fête de la Présentation du Seigneur au Temple, 2 février 01 ; Osservatore Romano 6(6/2/01)3. [retour]

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